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Et si le développement personnel nous éloignait de nous-même ?

3 min de lecture
Par Matthieu Cousin

Table des matières

J'ai fait 7 ans d'études pour devenir vétérinaire. Un métier envié, un statut valorisé. Je pensais que ça m'apporterait le bonheur.

Quand j'ai commencé à travailler, je me suis rendu compte que j'étais malheureux. Je me demandais ce que je faisais là.


Le système dans lequel on baigne

Ken Wilber décrit dans sa spirale dynamique différents niveaux de conscience par lesquels passent les individus et les sociétés.

Notre société occidentale est majoritairement au niveau "orange" : un stade où l'efficacité prime, où la réussite et le statut sont les indicateurs du succès, où la conformité est valorisée tant qu'elle mène à la réussite.

Le développement personnel tel qu'on le connaît est un produit de ce système. "Deviens ta meilleure version." "Optimise ton temps." "Sois productif." On nous promet que si on coche toutes les cases, on sera heureux.

David Brooks appelle ça la "première montagne" : celle de l'ambition, du statut, des cases à cocher. On la gravit parce qu'on nous a dit qu'à son sommet, on y trouvera le bonheur.

Et quand on finit par réussir à obtenir ce statut, cette réussite tant valorisée, on se retrouve face au vide. Le bonheur n'est pas là. À quoi bon tous ces efforts ? Ces sacrifices ?


Le dev perso au service de la perspective orange

Le développement personnel est devenu un gros mot. Pourtant, c'est juste un terme qui englobe des milliers de méthodes pour atteindre ses objectifs. Certaines marchent pour toi, d'autres non.

J'ai moi-même beaucoup expérimenté. Méditation, Miracle Morning, templates Notion de productivité... Pas fait pour moi. Mais d'autres choses ont fonctionné : mon second cerveau sur Obsidian m'a ouvert des perspectives sur plein de sujets. Et parfois, ce contenu m'a mis en mouvement à des moments où j'en avais besoin.

Le problème n'est pas le dev perso en soi. C'est son orientation. La majorité de ce contenu est voué à nous rendre plus productifs, plus performants, plus "réussis" au sens sociétal.

Mais est-ce vraiment le succès que chacun d'entre nous cherche ?


Les "évoluants" : quand l'amélioration devient une prison

Ce qui m'a fait me questionner sur cette constante volonté d'amélioration, c'est le livre S'Anomaliser, d'Etienne Lereun.

Dans ce livre, il utilise un terme pour ceux qui sont pris dans ce piège : les "évoluants". Il les décrit comme de jeunes ambitieux dont l'énergie est détournée vers la conquête extérieure : statut, image, performance. Au lieu de se découvrir, se connaître, chercher ce qui les fait vibrer.

Ils cherchent à se "perfectionner" selon des standards qui ne sont pas les leurs.

"Quel magnifique tour de force d'être parvenu à faire des jeunes loups vifs [...] de petites toupies immobiles, tournant à plein régime sur elles-mêmes en hurlant 'meilleure version de moi-même !'"

Le problème n'est pas de vouloir progresser. C'est de courir après une version de nous qui n'existe pas, ou pire, qui n'est pas nous.

On finit par se construire une vie, des habitudes, des objectifs, des routines qui ne nous correspondent pas, simplement pour répondre aux injonctions de succès de la société.

Et une fois qu'on s'est construit une identité autour de ça, c'est dur de changer. Notre instinct tribal nous souffle que si on paraît "incohérent" aux yeux des gens qui nous connaissent, on risque d'être rejeté.

On est pris au piège dans une version de nous qui ne nous correspond pas, avec laquelle on ne sera jamais vraiment heureux, par biais de cohérence.


S'anomaliser

Au lieu de courir après le temps pour devenir quelqu'un qu'on n'est pas. De perdre notre étincelle de vie à valoriser des choses qui ne nous émeuvent pas... Autorisons-nous à flâner. À suivre une curiosité sans chercher à la rentabiliser. À accepter nos paradoxes plutôt que les cacher.

Je ne dis pas que j'ai réussi à transcender tout ça. Je suis encore attaché à mes métriques de productivité, et honnêtement, ça fait partie de ce qui me rend heureux aujourd'hui. Mais ce livre m'a mis une claque. Il m'a rappelé que l'amélioration permanente peut devenir une prison dorée.

Si tu sens que tu tournes en boucle sur toi-même en hurlant "meilleure version de moi-même", ce livre est pour toi.

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